Le Portugal du bout du monde

Au détour d’un village, d’un port de pêche, d’une réserve naturelle protégée, cette ancienne province arabe dévoile des lieux au charme insoupçonné. Du littoral jusqu’aux villages blancs de l’arrière-pays, cap sur une terre du sud, ardente et accueillante.

Par Sabrina Pessanha

 
Região de Turismo do Algarve

Região de Turismo do Algarve, DR

Au Cap de São Vicente, l’extrême sud-ouest de l’Europe surnommé le « bout du monde » par les locaux, l’Europe semble tendre une main vers la mer. Le soleil est au zénith. Les falaises ocre, balayées par le vent et plus abruptes qu’ailleurs, côtoient, saison après saison, le tumulte de l’océan, et son appel incessant. C’est ici même qu’aux XVe et XVIe siècles, astronomes arabes, cartographes de Majorque et navigateurs portugais préparèrent les « Grandes Découvertes »… A Sagres, une imposante forteresse du XVe siècle rappelle l’épopée maritime qui, jadis, fit la gloire du peuple portugais. A l’intérieur, se dresse une énorme rose des vents en pierre, de 43 m de diamètre. Depuis ce promontoire, on peut apercevoir des pêcheurs à la ligne, rivalisant d’audace sur les falaises. Le panorama sur le cap et les baies environnantes est époustouflant.

A l’est de Sagres, voici Lagos, situé dans le cœur battant du Barlavento (la côte au vent, à l’ouest de Faro) – par opposition au Sotavento (la côte sous le vent, à l’est de la capitale régionale). Cette station balnéaire réputée a conservé une partie de ses fortifications de l’époque mauresque. Jadis, le fort de Ponta da Bandeira, bastion massif qui témoigne d’un passé glorieux, protégeait l’entrée du port. Festive et animée en été, Lagos possède une kyrielle de plages de sable blond. Les plus belles – Camilo et Dona Ana – logent entre des massifs rocheux aux formes singulières. Depuis la marina, on peut rejoindre les grottes en bateau pour, qui sait, peut-être apercevoir des dauphins.

 
 
SP DR

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A 3 km au sud de Lagos, depuis la Ponta da Piedade, qui est aussi la pointe de la baie, on ne se lasse pas d’admirer le Cap de São Vicente. Sur ce site érodé, les grottes, les arches marines et les profils rocheux aux tons rouge et or façonnent un cadre spectaculaire.

Les falaises, comme tourmentées par les flots, se perdent dans des eaux turquoise. Des sentiers aménagés longent les falaises déchiquetées, jusqu’à la mer cristalline. Avis aux écologistes convaincus : ce bout de Barlavento abrite une faune variée (cigogne, aigrette, aigle de Bonellie, loutre…). N’hésitez pas à poursuivre vers l’Est, en direction de Portimão, jusqu’à l’estuaire de l’Alvor, une zone humide côtière séparée de l’océan par des marais salants et des dunes. Ce site, intégré au réseau écologique européen Natura 2000, est très apprécié des oiseaux migrateurs. Le village de Carvoeiro constitue une autre halte plaisante pour pratiquer les sports nautiques.

Au nord-est d’Alvor, un détour par Silves s’impose. L’ancienne « Xelb » fut un jour capitale d’un puissant royaume arabe, allant jusqu’à rivaliser avec Lisbonne. Au loin, on distingue déjà les remparts crénelés en grès rouge du château Al Hamra qui domine une plaine fertile. Par les ruelles pavées, on gagne le Musée du Liège, installé dans une ancienne usine de transformation de liège acquise par des capitaux anglais. Ses machines, ustensiles et objets associés au liège sont une invitation au voyage. Chaque année en août, cette cité bien tranquille s’anime lors d’un grand festival médiéval qui attire des milliers de touristes. Pour goûter à la cuisine savoureuse et typique de l’arrière-pays, avec une vue imprenable sur le château, rendez-vous au restaurant « Recantodos Mouros » qui propose des plats de gibier et une tarte aux caroubes à se pâmer. Après la visite de Silves, on pourra faire une pause fraîcheur dans le lac au pied du barrage de l’Arade.  

 

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Près de l’aride chaîne de montagnes du Caldeirão, à Alte, joli village blanc réputé pour sa source, le temps semble comme suspendu. D’escaliers en ruelles pavées, on parvient à saisir le caractère authentique du plus charmant des villages de l’Algarve. On le parcourt rapidement mais le petit musée rural, l’église du XVIe siècle et ses azulejos sévillans, ainsi que les quelques ateliers d’artisanat, méritent tout de même que l’on s’y attarde… Au sud-est du village, on ne peut que recommander la visite du Musée ethnographique et du costume de São Brás de Alportel pour son lot de reconstitutions insolites – par exemple, celle d’un salon de barbier, ancien haut-lieu du commérage ! Dernière étape avant de rejoindre la côte : les ruines romaines de Milreu, à Estoi.

Retour sur la côte à Olhão, un important port de pêche. Du 10 au 15 août, le « Festival do Marisco » est l’occasion de déguster de succulents fruits de mer sous toutes les formes. La ville possède aussi l’avantage d’être située face à un havre de paix surnommé le « bras de mer magnifique » : la lagune de Ria Formosa. Vu du ciel, ce vaste parc naturel, constitué d’un labyrinthe de canaux, figure un cordon de cinq îles désertes long de 60 km. De nombreuses activités traditionnelles, comme la pêche, l’extraction de sel et la conchyliculture, sont encore pratiquées sur l’île de Culatra. Visitez aussi la charmante ville de Tavira, où il fait bon flâner le long du fleuve Gilão, déambuler dans les ruelles et admirer les gracieuses toitures à quatre pentes et les typiques cheminées de l’Algarve.

 

 

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A Cacela Velha, un bourg de pêcheurs juché sur un promontoire, quelques barques échouées attendent la marée. Jadis, en cas d’attaque de corsaires ou de pirates, on sonnait le tocsin depuis l’ancien fort du village. Depuis le mirador, le panorama sur la côte sauvage et la lagune est saisissant. Tenaillé par la faim, on réserve sans hésitation une table au restaurant « O Costa » sur la plage de Fábrica. Son sublime riz aux couteaux sera l’expérience ultime de ce périple en terre ardente.

Y aller

  • Easyjet dessert directement Faro (en juillet-août) en 2h35, trois fois par semaine, au départ de Paris Orly. A partir de 69 € TTC l’aller-retour (mais comptez plutôt 150 à 200 €, voire plus).www.easyjet.com

  • Tap Air Portugal propose plusieurs vols quotidiens de Paris (mais aussi Toulouse, Nice, Marseille et Lyon) vers Faro, via Lisbonne. Durée de vol : à partir de 3h15. Tél. 0820 319 320 (0,12 € / min), www.flytap.com

Hôtels

  • A Faro, Adelaide Residencial. Une maison centenaire entièrement rénovée qui dispose de chambres lumineuses, d’un agréable patio et d’un jardin. De 35 à 60 € la nuit en chambre double avec petit-déjeuner. Rua Cruz das Mestras, 9. Tél. 00 351 289 802 383, www.adelaideresidencial.com (en anglais)

  • Casa Villa Vina. Une maison en pierre nichée au coeur d’un verger disposant de 5 chambres confortables. Accueil francophone. De 48 à 78 € la nuit en chambre double avec petit-déjeuner. CCI 190, Monchique. Tél. 00 351 965 753 393, http://villavina.planetaclix.pt (en anglais)

  • A Budens, Romantik Villa.Un B&B comportant3 jolies chambres doubles, un studio et une piscine, près de Sagres, avec vue sur la mer.A partir de 80 € la nuit en chambre double avec petit-déjeuner. Vivenda Felicidade, Salema M5. Tél. 00 351 282 695 670, www.romantikvilla.com

  • A Moncarapacho, Vila Monte Resort. Près d’Olhão, un Relais & Châteaux de 23 chambres et 30 appartements modernes et mauresques. A partir de 133 € la nuit en chambre double avec petit-déjeuner et accès au sauna. Sítio dos Caliços. Tél. 00 351 289 790 790, www.vilamonte.com (en anglais)

Infos

  • Office du tourisme portugais : 3, rue de Noisiel, 75116 Paris (courrier uniquement). Tél. 0811 65 38 38 (appel local). www.visitportugal.com

Lectures

– Portugal, guide du Routard, 2009, 500 p., 12,90 € : bonnes indications pour sortir des sentiers battus.

– Portugal, guide vert Michelin, 2009, 468 p., 15,40 € : contenu riche et pratique.

– Les amandiers de l’Algarve, Joanna Konatowicz, Coll. Contes des quatre vents, Harmattan, 2007, 17 p., 7 € : conte bilingue français-portugais.


Article publié dans Pleine Vie, juillet 2009